Byakko et le Japon

Aodez vous parle de son récent voyage au Japon, et de son lien avec son roman Byakko.

Pour commencer, des grenouilles, forcément, en clin d’oeil aux collègues de cocyclics ! (Colline du temple de Fushimi Inari)

Il y a des endroits qui nous attirent depuis l’enfance et qui nous ont toujours fait rêver. Comme beaucoup de personnes de ma génération, mon histoire d’amour avec le Japon débute au lycée, lorsque j’ai découvert les mangas. Elle se poursuit par la suite avec tous les classiques des otaku : films de Miyazaki, jeux vidéos, animes et dramas. La culture japonaise m’a très vite fascinée. Si différente, presque le jour et la nuit avec la France, et en même temps si riche. Mais avec certains points communs aussi, comme des origines profondément enracinées, une fierté de cette culture spécifique et (assez) préservée, une fascination réciproque.

Ma passion pour le Japon (et plus généralement l’Asie) s’est d’abord concrétisée côté écriture avec la co-direction, aux côtés de Cécile Duquenne, de l’anthologie De la corne du Kirin aux ailes du Fenghuang. Mais s’il y a bien un projet personnel qui est né de ma passion du Japon, des mangas et de la culture japonaise, c’est Byakko* (mon roman en cours d’écriture depuis, hem… sept ans).

Byakko prend ses racines dans plusieurs éléments :

  • les shôjôs en général (j’aime les shôjôs, mais les héros sont toujours lycéens ; j’ai eu envie de héros étudiants)
  • la cosmologie japonaise qui décrit les dieux du Ciel et de la Terre (ou shijin), et qui apparait plus spécifiquement dans les mangas Fushigi Yugi.
  • l’univers fantastique du manga Fruits Basket

Avec une telle passion, j’ai toujours rêvé d’aller au Japon et c’est une destination qui attirait aussi beaucoup mon mari. (Je crois que je suis tombée amoureuse de lui le jour où il m’a dit qu’il avait aimé Arrietty, le petit monde des chapardeurs. Un garçon qui aimait la poésie de ce joli film d’animation ne pouvait être qu’un garçon bien, non ? 😉 ) C’est pourquoi nous avons décidé de faire notre voyage de noces au Japon. Nous sommes partis cet automne pour quinze jours, en quasi indépendance (logements réservés par une agence, mais ensuite sur place on se débrouillait tout seuls !)

Inutile de dire que j’attendais ce voyage impatiemment ! Nous avions planifié notre itinéraire pour visiter surtout des monuments historiques (châteaux et temples) et des jardins. Nous ne sommes donc pas passés par Tokyo.

L’entrée du sanctuaire d’Izumo Taisha : loin des circuits touristiques habituels, mais à découvrir absolument !

Les lapins d’Izumo Taisha : il y en avait partout autour du sanctuaire. ^^ (Y a un lapin dans la légende liée au dieu local, et les Japonais sont fans de tout ce qui est mignon…)

Le voyage a été super mais, assez étrangement, je n’y ai pas trouvé le dépaysement que je recherchais. Mon mari non plus. Nous nous attendions à… plus. Nous avons eu bien du mal à mettre le doigt sur ce qui nous a gêné. Peut-être connaissions-nous déjà un peu trop de choses sur le Japon ? Ou peut-être avions-nous un peu trop d’attentes ? Peut-être avons-nous déjà un peu trop voyagé, dans des pays où l’Histoire saute bien plus aux yeux qu’au Japon ? Ou peut-être n’avons-nous simplement pas réussi à nous glisser dans cette ambiance japonaise, dans la manière de voir les choses des Japonais ?

Toujours est il que je n’ai pas trouvé au Japon l’émerveillement auquel je m’attendais. Nous y avons visité de splendides monuments, de superbes jardins, mais il n’y a pas eu ce petit quelque chose qui fait rêver et réveille l’imagination. A aucun moment je ne me suis dit « Tiens, ça, ça serait chouette de l’utiliser comme matière pour Byakko ! »

Intérieur du Tôdai-ji à Nara

Ou, pour être plus honnête, il n’y a eu qu’un seul endroit qui a éveillé ça chez moi : le Tôdai-ji à Nara. Ce temple, qui est la plus grande construction en bois au monde (tout de même !), dégageait quelque chose de particulier, différent de tous les autres temples qu’on avait pu visiter jusque là. C’est le seul dans lequel je me sois assise avec l’intention de m’imprégner profondément des lieux.

 

Entrée du château de Kyôto (vu de l’intérieur). Il ne faisait pas beau ce jour-là. 🙁

Un autre bâtiment m’a intéressée pour mon roman : le château de Kyôto, ancien palais des shôgun. Il n’a pas eu cette capacité à réveiller mon imagination qu’à eu le Tôdai-ji, mais c’est la seule demeure seigneuriale que nous avons visitée. Je veux m’en inspirer pour la demeure traditionnelle de la famille de mon héros. (Et, en tout honnêteté, le palais du shôgun vaut le coup d’oeil, il est impressionnant. Dommage que les photos à l’intérieur soient interdites.)

Je reviens tout de même du Japon avec plusieurs points importants pour mon roman :

  • il faut absolument que je me renseigne mieux sur la religion shintoïste et ses rites, car ça va impacter la fin de mon roman. Sans ça, le rituel que j’inventerais s’éloignerait bien trop de la culture religieuse japonaise, que j’ai découverte vraiment très différente de la nôtre.
  • les japonais sont des êtres d’intérieur. Et c’est une différence fondamentale avec nous, européens (et plus encore latins). Bien plus impactante qu’on ne pourrait le croire. Notre guide à Osaka nous disait que les japonais ne se sentent pas bien à l’extérieur, ils ont besoin de se sentir rassurer en intérieur. Ca se concrétise dans plein de petits détails, et plus particulièrement dans les jardins. En Europe, nos jardins sont conçus pour l’agrément, pour qu’on s’y promène (ex. les jardins de Versailles). Au Japon, les grands jardins sont conçus pour être vus depuis un pavillon de thé.

    Pavillon de thé donnant sur un splendide jardin (Nara).

    On peut bien sûr s’y promener (enfin, pas toujours), mais le jardin est avant tout conçu pour être observé depuis un intérieur/une terrasse abritée. Et nous l’avons vu de manière encore plus flagrante dans les maisons des particuliers : très très peu de maisons ont un jardin, et quand il y en a un, il est fait pour décorer, pas pour y « vivre ». (Ou alors c’est un jardin potager purement utilitaire.)

  • le petit-déjeuner japonais est identique aux autres repas : du riz, du poisson, des légumes (généralement en pickles), des nouilles au bouillon. Si, si, je vous assure, le petit-déjeuner c’est important !

Je conclurai en disant que je reste fascinée par la culture japonaise. Sur place, elle m’a parue moins mystérieuse, moins exotique que je ne m’y attendais. Mais je crois que c’est parce que les japonais ne vivent pas leur culture de la même manière que nous vivons la nôtre. Leur culture, leur histoire, leur imagination n’en restent pas moins extrêmement riches. Je ne regrette pas d’avoir utilisé cette matière pour construire Byakko, et c’est un pays qui continuera encore longtemps à inspirer ma Muse (pour tout vous dire, pas plus tard que hier, elle se disait que ça serait chouette d’écrire une histoire avec un onmyoji et ses shikigami…)

Pour conclure cet article, Nara et ses célèbres daims en liberté, qui a été notre dernière visite. J’ai vraiment adoré cet endroit. 🙂

 


* En vérité, le germe initial de Byakko vient d’une comédie romantique bollywoodienne qui n’a rien à voir avec le Japon. Mais chuuut… Si vous êtes sages, je vous en parlerai un jour.

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