Le Cirque interdit : le making-of 2

Dans cette deuxième étape du making-of, Célia vous parle des corrections du manuscrit, et notamment des corrections éditoriales, avec Jennifer Rossi, éditrice chez Scrinéo.

Les corrections ! Pour certains auteurs, cette étape du travail donne des frissons, car ils préfèrent la phase d’écriture, qui sollicite davantage leur créativité et l’imagination. Pour ma part, j’aime tout autant cette étape que la rédaction du manuscrit, car il est plus facile pour moi de partir avec de la matière (le premier jet) que d’une page blanche. En ce qui concerne le Cirque Interdit, j’ai commencé par solliciter mes amies béta-lectrices et mon agente pour peaufiner le manuscrit avant de le proposer aux éditeurs (je n’aime pas le terme « soumettre », qui induit un rapport de force trop déséquilibré à mes yeux). Il m’a fallu plusieurs phases de travail, notamment pour enrichir l’intrigue et travailler les dialogues.

La question qui tue

Une fois le roman accepté par Scrineo, je l’ai travaillé avec mon éditrice, Jennifer Rossi, sur le fond et avec le correcteur, Maxime Gillio, sur la forme (M. Gillio parle italien, c’était parfait !). Dans l’interview ci-dessous, Jennifer Rossi a bien voulu répondre à quelques questions pour nous présenter son métier et le travail effectué sur le Cirque Interdit.

Jennifer, avant les corrections éditoriales du Cirque Interdit

  • Veux-tu nous présenter les éditions Scrinéo ?

Scrineo est une (plus si jeune !) maison d’édition qui a plus de dix ans maintenant. La maison s’est spécialisée dans la littérature jeunesse au fur et à mesure des années, avec des séries comme Les Hauts conteurs (prix des Incorruptibles 2011), le Puits des mémoires, le Livre de Saskia, etc. En parallèle de cette littérature de l’imaginaire, des séries destinées à un public plus jeune sont apparues : Les avatars de Gaspard, FBI et les animaux disparus, et plus récemment, Les coups de cœur de Cassandra O’Donnell. Que ce soit par l’imaginaire ou des romans historiques qui parlent de notre monde, la volonté de la maison est de faire voyager et d’apprendre au lecteur, par tous les biais possibles. Avec des titres comme Le Cirque Interdit, la volonté est d’utiliser le monde imaginaire pour interroger le lecteur sur notre société actuelle, qui par certains aspects, n’est pas si loin du Zéro Risque décrit dans le roman.

  • Parmi les manuscrits qui s’entassent sur ton bureau, qu’est-ce qui te pousse à en retenir un ? Pourquoi le Cirque Interdit a-t-il retenu ton attention en particulier ?

Ah, les manuscrits ! L’éternel combat de l’éditeur. On les adore, on voudrait passer notre temps à en découvrir, et on n’a jamais assez de temps pour tout lire ! Et trouver la perle rare parmi les plus de trois cents textes que nous recevons tous les ans (!) est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. C’est ce qui s’est passé avec Le Cirque Interdit.

L’idée quand on lit un manuscrit, est de trouver le texte qui réussit à apporter quelque chose de neuf à un sujet souvent déjà traité de nombreuses fois en littérature jeunesse. Quand on reçoit un texte mettant en scène un orphelin dans une école de magie par exemple, aussi bien écrit soit-il (ça ne vous rappelle rien ?), il est difficile d’y voir une réelle nouveauté qui saura rafraichir le paysage éditorial.

La première lecture du Cirque Interdit m’a complètement emportée : en plus d’être dans une vraie histoire romanesque (avec une belle écriture enlevée et poétique, où les personnages sont fouillés sans jamais être ennuyeux), l’univers était assez original et enrichissant pour apporter un nouvel aspect au roman dystopique. Ce qui m’a plus dans le livre de Célia est l’idée de mettre en scène l’univers du cirque (peu utilisé dans les romans pour adolescents !) et de se servir d’un monde imaginaire pas trop loin du nôtre pour parler, en réalité, de notre société, à nous.

Pas de doute, le coup de cœur était là, et il fallait y aller !

  • En général, comment se passent les corrections éditoriales ?

En ce qui concerne Le Cirque Interdit, nous avons travaillé en deux grandes phases, la première pour approfondir l’univers et la dystopie, la seconde pour accroitre l’impression de danger et de risque. De mon point de vue, le roman en sort bien meilleur et je suis très heureuse que tu m’aies poussée jusqu’au bout. Comment l’as-tu vécu de ton côté ?

Je suis bien d’accord ! C’est très agréable d’avoir un auteur à l’écoute des commentaires, et qui accepte de se relever les manches pour se replonger dans le cœur du texte. C’est quelque chose qui est bien difficile à faire, une fois qu’on a posé le point final à son livre !

Dans le cas du Cirque Interdit, effectivement, il y avait d’abord un travail de fond : rendre les trois piliers de l’intrigue (le cirque, l’histoire d’amour et la dystopie) aussi importants les uns que les autres. La dystopie devait être bien ancrée dans le décor de l’histoire, pour transporter le lecteur dans un autre univers. Dans un second temps, il fallait accentuer l’implication émotionnelle du lecteur : lui faire sentir le danger de cette société ultra-protectrice qui refuse tout risque ! A trop vouloir « assurer » tout le monde, c’est finalement le gouvernement qui devient l’élément de danger pour la population…

Ce travail s’est fait tout en douceur et en laissant le temps de la réflexion, en échangeant nos idées respectives, chaque rebondissement a fait gagner au texte de la force et de la profondeur.

  • Comment choisis-tu les partenaires qui vont travailler sur le manuscrit retenu (le correcteur, l’illustrateur par exemple) ?

Nous avons une équipe de collaborateurs externes avec lesquels nous travaillons depuis plusieurs années. Ainsi, nous faisons appel à un correcteur professionnel pour la correction du texte puis à une graphiste pour la réalisation de la maquette du livre,.

Pour l’illustration de couverture, c’est un peu plus délicat ! Il faut trouver l’illustrateur ou le directeur artistique qui saura le mieux représenter le roman et s’insérer dans les codes du marché existant. Et tout ça en restant original et en se démarquant des autres livres bien sûr.

Avec Le Cirque Interdit, l’idée était de représenter toute l’unicité du texte : mettre en scène l’univers unique (le cirque) et suggérer la romance, tout en montrant le danger omniprésent dans ce monde trop surveillé. Dans ce sens, il nous a semblé plus judicieux d’explorer un style graphique et non représentatif, et de laisser de côté un dessin trop illustré des personnages, par exemple.

  • Est-ce que tu souhaites nous parler d’un autre aspect de ton métier ?

Ce que j’aime beaucoup dans le métier d’éditeur, c’est l’opportunité de se retrouver au cœur de la chaine du livre : entre le créateur, sans qui le texte n’existerait pas (l’auteur !) et les différents intervenants qui, tous ensembles, créent l’objet qui sera imprimé, diffusé en librairie et enfin, vendu au lecteur. C’est une chaîne fragile, où chaque acteur compte et doit être valorisé et respecté.

Transformer un texte en un objet culturel qui saura faire satisfaire toutes ces personnes, et apporter au lecteur final un moment de lecture divertissant et enrichissant est un challenge professionnel et humain quotidien, et qui reste pour moi un des plus beaux aspects de ce métier !

Merci beaucoup pour ton témoignage, Jennifer.

Jennifer, après les corrections éditoriales du Cirque interdit.

 

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