Nos petits carnets

Un véritable auteur emporte toujours un carnet avec lui, parait-il ? Les auteurs à l’ouest vous proposent d’étudier la véracité de ce principe universel à partir de leur cas personnel.

Aodez : Il paraitrait que tout auteur devrait avoir un carnet à idées, pour ne pas laisser s’échapper celles-ci quand elles viennent. Personnellement, je n’en ai pas. Peut-être pour la raison toute simple que j’ai déjà bien trop d’idées en tête qui attendent d’être écrites (et qui ne sont pas du tout décidées à se faire oublier). Alors accumuler encore plus d’idées dans un carnet ? Non merci ! ^^ Si les idées veulent rester, elles restent dans ma tête. Et sinon, ce n’est pas bien grave, d’autres viennent les remplacer pour construire mes histoires. Je pense que c’est aussi intrinsèquement lié à mon rapport à l’écriture : je ne cherche pas à écrire les idées les plus originales, mais celles qui rentrent le plus en résonance avec moi. Donc pas besoin de prendre notes de toutes les idées qui me viennent. Seules restent celles qui doivent rester.

Célia : Moi non plus, je n’oublie jamais les idées importantes pour mes romans, et je ne ressens pas le besoin de les noter tout de suite. Cela dit, j’ai toujours un carnet avec moi, sur lequel j’écris des idées de bricolage et des trucs en vrac. Mon second cerveau, c’est ma tablette, prénommée Yona en l’honneur du manga du même nom. Je ne tiens pas de Bujo, je préfère Yona pour tenir mon agenda, faire sonner mon réveil, programmer des rappels, tenir des listes, lire et prendre des notes. D’ailleurs, c’est sur Yona que je gribouille cet article ! 
Aodez : Par contre, j’aime bien écrire dans un journal d’écriture, même si je ne le fais pas toujours de manière régulière. Et j’ai besoin que ce soit un cahier physique (dans lequel j’écris si possible au criterium) pour qu’il y ait l’acte manuscrit. Je l’utilise un peu comme une sorte de journal intime, mais uniquement pour y poser des réflexions liées à l’écriture. Il me sert à réfléchir :
  • quand je bloque sur un roman, j’y brainstorme librement pour essayer de trouver la solution à mon blocage.
  • quand je bloque par rapport à l’écriture, écrire sur mon blocage m’aide bien souvent à comprendre pourquoi je n’arrive plus à écrire.
  • quand je comprends une nouvelle notion de technique narrative, la poser sur le papier m’aide à la creuser, à aller plus loin dans ma compréhension. Et puis parfois j’oublie ce que j’ai compris à un moment, et relire mes notes me permet de me le remettre en tête.
Ma dernière entrée dans mon journal d’écriture est assez représentative de la manière dont je l’utilise :
« 11 juillet 2018 : Quelqu’un lira-t-il un jour mes journaux d’écriture (en dehors de moi) ? Sans doute pas, à moins que je ne devienne célèbre. ^^ Mais si quelqu’un les lisait, qu’y trouverait-il ? Des dizaines d’idées abandonnées. Des projets entiers même. J’ai l’impression que ces pages contiennent bien plus de notes sur ce que j’ai abandonné que sur ce que j’ai terminé/compte terminer. Serait-ce un signe ? Si je me mets à trop écrire sur un projet dans ces carnets, serait-ce le signe qu’il finira à la poubelle (ou au moins au fond d’un tiroir très profond) ? C’est possible, et pas si bête en fait. Je me rends compte que quand je prends des notes sur un projet ou que je commence à brainstormer entre ces lignes, c’est généralement que je commence à trop l’intellectualiser. Si je me sens obligée de le faire vivre ici, c’est qu’il ne vit pas dans ma tête. […] »
Célia : Elle est terrible, cette entrée du 11 juillet ! Des projets entiers abandonnés, ou qui n’existent que dans un carnet, parce qu’ils n’ont pas été écrits ? Brrr… De mon côté, j’ai toujours fini les romans commencés, mais certains manuscrits dorment également dans des tiroirs très profonds. J’espère que personne ne les en ressortira, même si je deviens célèbre, car mes romans d’apprentissage reflètent mes aspirations d’ado. Aïe !
Pour ma part, je crée un cahier par roman, dans lequel je regroupe les informations importantes. Sur la première page, je note les grandes dates du projet : sa naissance, le premier jet, les corrections, la publication éventuelle… Ensuite je me lâche. Des cartes, des fiches perso, des bouts de chronologie, des retours de mes béta-lecteurs, tout se mélange en vrac. 
Aodez : Alors de mon côté, j’ai un aveu à vous faire, mes cahiers d’écriture ne ressemblent à rien ! Et pour cause, je tiens en fait mon journal d’écriture dans le même cahier qui me sert de brouillon scientifique. L’endroit est dédié à la science, l’envers à l’écriture. Je tiens cette habitude de mes années de lycée, où j’écrivais durant mes cours (surtout de physique). Et donc où j’écrivais dans le seul cahier que j’avais à ma disposition et qui pouvait rester discret durant les cours. ^^ Mais je me suis aussi rendue compte que si j’essayais d’utiliser des cahiers trop beaux (je m’en suis acheté quelques uns qui ont super la classe), en fait ça me bloque. J’ai l’impression de les gâcher à écrire dedans quelque chose qui n’est que du brouillon, de la prise de notes vite faite au crayon papier.
Sur les photos ci-dessous, il y a un témoin de mes années de lycée (cahier bleu à droite qui semble avoir fait la guerre : Terminale + Prépa, ça ne lui a pas réussi XD). Pas un vrai journal d’écriture, mais leur ancêtre, puisqu’il contient des passages de mon roman de l’époque et non des notes. Mon premier vrai cahier « journal d’écriture », c’est celui du centre. L’entrée de 2009 est d’ailleurs ma toute première entrée de type « journal d’écriture ». Et le noir, c’est le dernier en date (bien plus classe parce qu’il m’a aussi servit à prendre des notes durant mes entretiens d’embauche, mais c’est en fait… un cadeau Nespresso ! ).

Les équations à l’intérieur ne sont pas factices contrairement à ce qu’on peut voir dans les séries. Ce sont bien mes brouillons de mon stage de fin d’étude. ^^

Célia : Je ne prête pas attention à la présentation de mes carnets, pour ne pas couper l’inspiration, mais il existe une exception. Cécile m’a offert un beau carnet dans lequel je regroupe les chroniques, les avis et les messages de mes lecteurs. Je le décore avec du coloriage, du masking tape, des crayons colorés, pour le plaisir du beau papier. Le but, c’est de retrouver la motivation lorsqu’elle me manque et de vaincre les doutes qui m’assaillent parfois. Merci à tous ceux dont le nom ou le pseudo figurent dans ses pages !
Aodez : C’est une très belle idée, et j’espère que j’aurai un jour de quoi remplir un carnet similaire. Mais pour ça, il faut d’abord terminé un roman. Alors, retour au boulot !
Vous pouvez trouver un autre chouette article, plus théorique, sur les journaux d’écriture/journaux d’auteur, sur le blog d’Aude Reco.

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