Utopiales 2018 – Conférences

Voici le second article qui traite des Utopiales 2018, où Célia s’est rendue en visiteuse.

Le premier article évoquait les expositions, les jeux et les auteurs croisés ; dans celui-ci il s’agit de ses conférences préférées.

3. Conférences

Les conférences ne sont guère au goût d’une petite fille de cinq ans, mais grâce à notre super organisation de couple, j’ai pu assister à celles qui me tentaient le plus. J’ai pris quelques notes, mais il ne s’agit nullement d’une transcription exhaustive. Je vous conseille plutôt de guetter les vidéos mises en ligne par Actu SF pour approfondir les sujets qui vous intéressent.

1 – Le monde avec sécurité enfant : Valérie Mangin, Kij Johnson, Jon Scalzi et Jérôme Vincent à la modération.

Je ne pouvais pas passer à côté de ce sujet alors que mon roman, Le Cirque Interdit, est basé sur la prise de pouvoir des assurances et l’interdiction de prendre des risques (cf article correspondant). Je retiens de cette conférence l’idée qu’il est impossible d’empêcher les humains de détourner la technologie, ou le message d’une œuvre, d’une façon imprévue lors de leur conception. Cela peut-être positif, avec des inventions utiles, ou négatif avec des dangers inconsidérés. En tant qu’auteur, nous avons une responsabilité, celle d’exprimer notre message de la façon la plus claire possible, mais cette responsabilité a ses limites dans la mesure où certains comportements défient le bons sens. Les intervenants nous ont rappelé plusieurs fois qu’un micro-onde est conçu pour réchauffer de la nourriture, pas des chats. Pourtant, certains ont mis leur chat au micro-onde. Pas vous, chers lecteurs, j’espère ?

La SF permet de simuler ces situations extrêmes pour étudier si certaines innovations technologiques (informatique, robots, voyages spatiaux…), certaines formes de société (sélection génétique, surveillance généralisée…), fonctionnent ou pas. La SF est-elle un échec en terme de prévention des risques ? Cela se discute : la guerre nucléaire n’a pas eu lieu, mais l’espionnage des informations personnelles est un sujet d’actualité.

Les situations risquées sont en général plus propices aux histoires que les contextes paisibles, car elles permettent aux personnages de se réaliser en affrontant des situations extrêmes. Elles permettent aussi aux lecteurs de sortir de leur quotidien et de leur zone de confort pour réfléchir à de nouveaux sujets.

Dernière question qui me tient à cœur : à partir de quelles limites faut-il interdire aux gens de prendre des risques ? Selon John Scalzi, c’est la notion de risque individuel ou collectif qui fait la différence :

  • lorsqu’il s’agit d’une prise de risque individuelle, il faut la permettre,
  • l’interdiction est légitime quand la prise de risque a des conséquences sur d’autres personnes et même sur l’ensemble de la société,

L’exemple de la cigarette illustre bien cette évolution entre les deux. Dans un premier temps, on considérait que le fumeur ne mettait que sa propre santé en danger, mais ces dernières années l’accent est mis sur les risques sur son entourage et sur le coût pour la société toute entière.

2 – Corps, nation et imaginaires technologiques (SF japonaise) : David Javet, Laurent Genefort, Gérard Klein et Estelle Blanquet à la modération

Ceux qui ont lu Iceltane ne s’étonneront pas de mon intérêt pour la SF japonaise. Depuis mon plus jeune âge et ma découverte des animés japonais avec le Club Dorothée, j’éprouve une fascination pour ces œuvres dans lesquelles les méchas (robots géants) symbolisent :

  • une extension plus forte du corps de l’adolescent, qui gagne ainsi en force et en pouvoir
  • une incarnation de la nation, qui prend sa revanche sur la défaite de 1945

En effet, le Japon s’est relevé après la guerre avec les idées de « reconstruction nationale par la technologie » et « d’union par les sciences ». C’est ainsi qu’est née une représentation plus ou moins juste du peuple japonais capable de vivre en harmonie avec les machines, notamment les robots humanoïdes, qui seraient perçus comme beaucoup moins inquiétants qu’en occident. Ainsi, le cyborg est souvent considéré comme une agression intime de la part des occidentaux. Au Japon, la SF pose la question de façon plus nuancée, avec un questionnement de l’harmonie homme/machine/nature, qui s’exprime via de grandes œuvres comme Ghost in the shell, Nausicaa de la vallée du vent, etc. Certaines histoires expriment même la nécessité de détruire le monde pour en construire un meilleur : Evangelion, Akira…

J’en reviens aux robots géants avec une contradiction flagrante entre fiction et réalité : dans la fiction les méchas incarnent un grand pouvoir, tandis que dans la réalité ils seraient souvent inutiles. Ainsi, après la catastrophe de Fukushima, les industries japonaises ont fait face aux limites de leur stratégie robotique :

  • Elles disposaient de nombreux robots humanoïdes conçus pour prendre soin des gens, notamment des personnes âgées,
  • Elles manquaient de robots capables de se déplacer sur les décombres, de soulever des charges lourdes et de tourner des vannes.

Les grands robots et les robots humanoïdes répondent à certains besoins psychologiques, d’où leur intérêt en tant que jouet, mais pas en tant qu’outil.

3 – La conversation scientifique : Audrey Dussautour, Roland Lehouq et Etienne Klein à la modération

Cette conversation scientifique porte sur une star qui ne figure pas encore dans mes romans, mais qui présente un potentiel exceptionnel, le BLOB ! Si vous ne le connaissez pas, voici son portrait :

Le blob n’est ni un végétal, ni un animal, ni un champignon. C’est un organisme proche des amibes qui possèdes des facultés stupéfiante :

  • il ne possède qu’une cellule (à plusieurs noyaux), mais il peut mesurer jusqu’à 10m²,
  • s’il possède plusieurs noyaux, il peut se diviser par clonage… puis re-fusionner en un seul blob,
  • il peut sécher en trois jours, puis survivre sans manger ni boire des années sous cette forme très résistante,
  • s’il absorbe de l’eau, il revient sous sa forme classique en ayant… rajeuni,
  • pour manger ses bactéries favorites, il est capable d’optimiser ses déplacements et de construire un réseau performant,
  • il a une grande capacité d’apprentissage : il se souvient de ses connaissances même après avoir séché et il les transmet aux autres blob par contact.

Si la science parvient à comprendre les capacités du blob, il sera sans doute possible de trouver des applications pratiques étonnantes. Il y a déjà de quoi écrire tout un tas de bouquins, mais c’est une autre histoire.

J’ai donc passé un excellent séjour aux Utopiales et je vous donne rendez-vous l’année prochaine, au bar de Mme Spock.

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